C’est différent à chaque fois… à chaque fois il me semble un peu plus difficile d’écrire en français. Mais il faut continuer quand même, pour que je ne perde pas la capacité d’écrire.
Lorsque j’avais treize ans, j’ai commencé à apprendre le français à l’école. Au début, c’était une expérience plus ou moins typique : on acquiert lentement des bases solides, on apprend les mots les plus élémentaires (« j’ai faim, j’ai soif ») et l'on fait des erreurs qui sont censées être facilement évitables mais en pratique ne le sont pas.
J’avais une professeure que j’ai bien aimée et qui, je crois, m’aimait bien aussi. Une fois, j’ai oublié de faire mes devoirs, et elle m’a vu finir les exercices en classe. Elle m’a dit, en privé, à la fin de notre séance : « Mais attendez ! Cette fois-ci, je ne vous pénalise pas, mais ne faites jamais plus cela. Vous êtes trop intelligent pour bâcler vos devoirs comme ça. » (Je traduis, sans doute euphémistiquement, ce qu’elle m’a dit (elle a même passé à l'anglais !) : « You’re too smart to half-ass this ».)
Elle est morte deux ou trois ans après, mais je n’ai jamais oublié ce qu’elle m’a dit. (Si j’en tiens toujours compte, c’est malheureusement autre chose, mais je ne l’ai jamais oubliée, cette conversation.)